Ep. 1 9 avril 2026 45:21

Wamanga WaKomor - Mobiliser la diaspora pour le développement du secteur privé comorien

Wamanga WaKomor - Mobiliser la diaspora pour le développement du secteur privé comorien

À propos de cet épisode

Dans cet épisode de Miradi Media, nous recevons Marie Badji, cheffe de projet pour Expertise France basée à Moroni, pour échanger autour du programme Wamanga Wa Komor, une initiative visant à mobiliser la diaspora comorienne comme levier de développement économique.

Face à un modèle historiquement centré sur les transferts familiaux, le programme propose une approche structurée pour orienter les investissements vers des projets productifs, durables et à fort impact local. 

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Chers auditeurs, merci de nous rejoindre aujourd'hui dans le podcast qui vous amène à découvrir les programmes d'appui au secteur privé en Afrique. Aujourd'hui, nous allons découvrir un archipel, les Comores, où on va découvrir un programme du nom de Wamanga Wakomor.

Et nous avons la chance d'avoir celle qui le pilote ici avec nous, Marie Badji. Bonjour Marie, merci de nous rejoindre.

Bonjour Fary GUEYE, ravie de participer à ce numéro de podcast et je vous remercie pour l'invitation pour mettre en lumière ce projet Wamanga Wakomor, mais aussi l'archipel des Comores, cette belle île qui se trouve dans l'océan Indien.

Merci Fary.

Avec plaisir. Donc peut-être avant de commencer, je vais vous laisser vous présenter, nous parler de votre rôle dans Wamanga Wakomor et aussi peut-être nous dire ce que signifie Wamanga Wakomor concrètement.

Alors, je suis Marie Badji, cheffe de projet appui à l'entrepreneuriat et à l'investissement de la diaspora comorienne. Et le nom plus court du projet, c'est Wamanga Wakomor, qui signifie les Comoriens de la diaspora. Donc c'est un beau projet que j'ai la chance de piloter et qui est financé par l'Union européenne avec une mise en œuvre d’Expertise France du groupe AFD.

Ah super intéressant. Déjà, j'ai hâte de voir ce que ça va donner parce que vous parlez de la diaspora qui est aussi impliquée. Donc si je ne me trompe pas, c'est votre premier programme aux Comores. Comment ça se passe ? Comment s'est passé déjà l'accueil ? Apparemment, l'accueil comorien est assez spécial, assez bien. Donc comment ça s'est passé pour vous les premières semaines aux Comores ?

Alors, c'était un accueil chaleureux, vraiment très dynamique. Il faut savoir que moi, je suis aussi issue de la diaspora sénégalaise. Donc je suis franco-sénégalaise et vraiment, entre le Sénégal et les Comores, ce sont deux peuples qui se ressemblent culturellement et j'ai été très bien accueillie.

Donc dès que je décline mon identité sénégalaise, les Comoriens et les Comoriennes se retrouvent tout de suite dans cette culture sénégalaise également et c'est ça aussi la chance d'être issue d'une diaspora et de piloter des projets dans des pays multiculturels.

Donc j'ai été très bien accueillie par les Comoriens et c'est un pays avec beaucoup de ressemblances avec le Sénégal. Donc culturellement, je n'étais pas du tout dépaysée.

OK, trop bien. Parce que moi aussi, j'avais entendu dire que les Comores et le Sénégal avaient beaucoup de points en commun. Donc c'est trop bien. Donc je pense que pour la mise en œuvre, ça vous a aidée.

Et donc aujourd'hui aux Comores, qu'est-ce qui a pu générer ce projet ? De quel constat est-ce qu'on est parti pour créer Wamanga Wakomor ?

Alors, le projet Wamanga Wakomor, c'est une initiative de l'Union européenne. Nous sommes partis d'un constat très simple : la structuration de l'écosystème entrepreneurial. Donc l'Union européenne a souhaité dynamiser davantage les structures d'accompagnement des entrepreneurs et aussi du secteur privé aux Comores.

Donc à travers ce projet Wamanga Wakomor, l'idée, c'est vraiment de transformer l'énergie de la diaspora comorienne en moteur de développement économique local.

Et c'est très simple, c'est vraiment d'accompagner les entrepreneurs, renforcer les structures d'appui, créer un climat de confiance surtout. C'est un mot qui revient et que j'ai constaté depuis mon arrivée aux Comores : le mot confiance.

Et l'idée, en créant un climat de confiance, c'est pour que les investisseurs et les investissements, notamment de la diaspora, ne soient plus seulement

…seulement familiaux, mais plus productifs. Donc c'est vraiment le constat sur lequel l'Union européenne, mais aussi Expertise France et le groupe AFD, sont partis pour mettre en œuvre ce projet.

Aujourd'hui, vous parlez justement de rediriger cet investissement familial vers un investissement plus productif. Mais concrètement, comment est-ce que vous réussissez à convaincre un membre de la diaspora d'investir cet argent dans un programme ? Parce que ce sont des sommes qu'ils mettent dans la vie familiale, dans les besoins de tous les jours. Quel argument est-ce que vous leur donnez concrètement ?

Alors, l'idée n'est pas de remplacer les transferts familiaux. Ce qu'on propose, c'est une offre complémentaire, donc un cadre sécurisé, transparent et accompagné pour ceux qui veulent aller au-delà du soutien familial.

D'ailleurs, l'Agence nationale de la promotion et de l'investissement comorienne, l'ANPI, a commencé à faire un travail formidable aux Comores dans ce sens-là. Et le projet Wamanga Wakomor souhaite continuer l'accompagnement pour convaincre les membres de la diaspora.

Et peut-être que c'est ça qui manque. Tout à l'heure, je parlais de confiance aussi. Peut-être qu'ils ont besoin d'avoir ce cadre sécurisé également pour pouvoir investir dans des projets à valeur ajoutée, dans des projets créateurs d'emploi qui vont permettre de les mettre en confiance également.

Et avec un tiers de confiance comme le projet Wamanga Wakomor, ils vont se sentir beaucoup plus sécurisés parce que les projets seront accompagnés. Et aussi, il y aura un accompagnement post-financement.

Et nous-mêmes, dans le cadre du projet, nous allons mettre en place également des outils financiers innovants pour tester ces porteurs de projet et voir leur fiabilité à pouvoir mettre en place ou même gérer des projets productifs.

OK. Mais donc dans ce sens-là, vous parlez d'instruments financiers que vous mettez en place pour les mettre en confiance, mais quels sont ces instruments justement ? Comment est-ce que ça se concrétise ?

Alors concrètement, sur le projet Wamanga Wakomor, nous pensons mettre en place des outils comme le pré-don, des avances remboursables ou bien des avances par palier aussi, donc via le chiffre d'affaires.

Très concrètement, c'est-à-dire si nous sélectionnons un porteur de projet qui est dans, par exemple, l'aviculture, qui a un élevage, on peut lui dire : la première étape, on vous verse tel montant. Ensuite, si vous arrivez à avancer dans la construction ou la mise en œuvre, on reverse un autre montant.

Donc ça peut être des paliers, tout simplement, ou bien que la personne puisse faire des remboursements, donc des prêts à taux zéro, et ensuite adosser à des crédits bancaires aussi.

Parce que nous avons approché des banques aux Comores et elles sont très favorables pour ce type d'accompagnement, pour pouvoir après ouvrir des crédits bancaires à ces porteurs de projet.

Justement, si on va dire que la confiance est déjà établie, mais vous parlez aussi d'investir dans des projets verts ou bleus. C'est aussi le focus de Wamanga Wakomor et ce sont des projets qui demandent beaucoup plus de temps à être rentabilisés.

Maintenant, comment est-ce que vous faites pour faire accepter à ces investisseurs cette temporalité-là pour qu'ils puissent quand même investir leur argent ?

Oui. Alors déjà, pour revenir sur le choix de l'économie verte et bleue, ce sont les secteurs les plus stratégiques pour l'avenir des Comores.

Concrètement, on est vraiment dans une île entourée de la mer, avec beaucoup de diversité au niveau de l'écologie et de l'environnement, et ce sont parmi les secteurs clés, notamment du plan Comores émergent.

Et donc pour répondre à ta question, pour réduire les risques et convaincre les investisseurs, on favorise des modèles simples et adaptés aux réalités locales.

Donc sur le choix des projets, ce sont des projets qui ont quand même un certain niveau de

maturité, qui ont éprouvé leur modèle et qui cherchent juste à scaler et à avoir un certain niveau de croissance. Donc ce sont des projets qui ont été bien choisis et qui seront aussi bien accompagnés.

Donc il y a déjà d'autres programmes qui sont en train de faire un travail formidable. Je pense au projet de l'Union européenne APiE, mais aussi au projet de l’AFD Diaspora.

Et donc ces projets-là ont déjà accompagné des porteurs de projets qui ont un certain niveau de maturité et ça permet au projet Wamanga de partir sur l’existant pour pouvoir convaincre des investisseurs d’investir dans des projets dans les secteurs bleus et verts.

Donc effectivement, comme vous le disiez, ce sont des secteurs qui sont porteurs, surtout en prenant en compte le contexte comorien. Donc c'est un archipel.

Mais donc, une fois que le facteur confiance est établi, moi je me demande comment vous faites aussi pour choisir qui, dans la diaspora, peut investir, peut participer à ce programme-là.

Donc j'ai bien compris qu'il y a une phase dans ce programme qui est une étude de profilage, qui est d'ailleurs très attendue. Donc est-ce que vous pourrez me dire en quelques mots comment cette étude de profilage va se dérouler et quels sont les paramètres que vous allez prendre en compte pour déterminer qui peut participer à ce programme ?

Oui, effectivement, c'est un peu le challenge de ce projet, parce qu'on est vraiment sur plusieurs profils.

On est avec des entrepreneurs de la diaspora qui sont installés aux Comores. On travaille aussi avec des entrepreneurs locaux, mais en même temps on travaille avec des investisseurs de la diaspora. On va aussi mobiliser la haute expertise de la diaspora comorienne.

Donc là, on voit qu’on est vraiment sur plusieurs profils à mobiliser pour participer au développement économique de l'archipel des Comores.

Et donc sur ce projet, comme tu l’as dit tout à l’heure Fary, sur l’étude de profilage, c’est ça qui va nous permettre… J’aime pas trop le mot profilage, mais voilà, j’arrive pas encore à trouver un autre mot pour remplacer cela.

C’est d’aller chercher les Comoriens là où ils sont.

Et à travers cette étude que nous allons mener pour l’océan Indien, mais aussi l’Afrique de l’Est, en France également et aussi l’Afrique de l’Ouest et centrale, vraiment là où la diaspora comorienne s’est installée, c’est d’aller chercher des profils.

Je disais tantôt des profils d’entrepreneurs, notamment avec le guichet où nous allons leur présenter notre guichet idéation pour inciter des jeunes entrepreneurs de la diaspora, mais aussi des entrepreneurs qui sont aux Comores, à proposer des solutions concrètes dans les secteurs bleus et verts.

Cette étude également va nous permettre d’aller chercher des profils d’investisseurs de la diaspora pour les convaincre de venir, avec l’ANPI, l’Agence nationale de la promotion et des investissements comoriens.

Et le troisième profil, je le disais également, c’est la haute expertise de la diaspora comorienne, que cette étude nous permettra d’identifier.

Et concrètement, nous allons proposer à ces profils-là de venir accompagner le secteur privé, mais aussi les acteurs institutionnels tels que le Commissariat à la diaspora, l’ANPI dont je parlais tout à l’heure, l’Union des chambres de commerce (UCCIA), la Chambre économique franco-comorienne, et même l’Agence de coopération internationale comorienne.

Donc l’idée, c’est vraiment d’aller chercher ces Comoriens et Comoriennes, de pouvoir les convaincre, de créer ce lien de confiance pour qu’ils puissent investir, que ce soit sur le capital humain, mais aussi sur des investissements à impact, mais aussi des investissements sociaux.

Donc le peuple comorien, j’ai l’habitude de le dire, c’est un peuple qui aime son pays et c’est un peuple qui revient toujours au bercail. Et ça, c’est vraiment formidable.

Le Comorien revient toujours chez lui. Il a toujours envie d’investir chez lui, que ce soit des investissements

communautaires, des investissements familiaux, mais il revient toujours, et c'est ça qui est formidable.

Et peut-être qu’ils ont juste besoin de ce lien de confiance. Et ce n’est pas que la diaspora comorienne. Je disais tantôt, moi-même je suis issue de la diaspora, j’ai pu moi-même investir, j’ai pu entreprendre, donc je sais de quoi il s’agit.

Et donc on va pouvoir parler le même langage pour essayer de contribuer au développement économique à travers ce projet Wamanga Wakomor. Franchement, c’est très beau à voir, très inspirant aussi.

Et comme je le disais aussi, c’est vrai que la diaspora comorienne est connue pour avoir un lien très fort avec les gens du pays.

Mais aussi, ce que je me demande, c’est : même si, comme vous le dites, il y a beaucoup de profils différents qui sont identifiés, comment vous faites pour que ça ne soit pas seulement focalisé sur un petit groupe ?

Parce que souvent, dans chaque contexte, il y a toujours un groupe qui capte les informations, qui a les opportunités en premier. Donc comment vous faites pour que ça ne soit pas le cas sur ce programme-là ?

Et vraiment, l’idée, parfois c’est compliqué parce que quand on dit “la diaspora”, elle est partout. Notamment la diaspora comorienne : elle est en France, elle est au Sénégal, elle est à La Réunion, elle est à Madagascar, et même maintenant au Canada.

Donc on va utiliser différents canaux, que ce soit sur les réseaux sociaux, notamment en s’appuyant sur certaines personnalités très suivies, mais également dans les universités.

Nous allons faire des campagnes de sensibilisation dans les universités comoriennes. Et même, moi-même, je vais me déplacer dans ces pays avec l’équipe projet et l’ensemble des acteurs institutionnels.

Prochainement, nous serons à Dakar avec le Commissariat à la diaspora pour rencontrer la communauté comorienne installée à Dakar. Et ce sera un moment pour échanger avec eux et leur présenter le projet.

C’est vrai qu’il y aura toujours des angles morts, comme je l’ai dit, mais on va essayer de toucher tout le monde et d’en parler partout.

Ah, c’est trop bien. Je pense que le fait d’impliquer tout le monde, de démocratiser cette participation, c’est ce dont on a besoin pour ce type de programme, et surtout pour l’objectif que vous souhaitez atteindre.

Et aujourd’hui, en termes de bénéficiaires, quel est le profil type ? Comment est-ce que vous comptez les choisir également ?

Alors, il y a plusieurs profils. Je l’ai évoqué tout à l’heure, mais le premier bénéficiaire, c’est l’entrepreneur, qui est vraiment la cible principale de ce projet.

Que ce soit un entrepreneur de la diaspora comorienne, un entrepreneur local, ou même quelqu’un qui souhaite aller vers une transition écologique de son business.

Et j’ai envie de dire, c’est l’entrepreneur qui veut créer de l’emploi, mais aussi le jeune entrepreneur en devenir.

Donc via notre guichet d’idéation, dont je parlais tout à l’heure, nous allons soutenir des solutions concrètes pour faciliter la création d’idées nouvelles et de projets nouveaux.

Et aujourd’hui, comment est-ce que le programme est vraiment mis en œuvre ? Est-ce que ce sont des binômes que vous faites entre les investisseurs de la diaspora et ceux qui sont présents localement ?

Alors, très rapidement, on parle aussi de la structuration de l’écosystème entrepreneurial avec les SAE.

Et ce que nous avons fait lors de cette phase de lancement du projet, c’est de la co-construction. Comme j’ai l’habitude de dire, c’est un projet que nous allons construire avec l’ensemble des acteurs de l’écosystème.

Et c’est ça qui est formidable, parce qu’on a fait des ateliers bilatéraux avec l’ensemble des structures d’accompagnement qui ont répondu à un appel à manifestation d’intérêt lancé par Expertise France.

Et donc on en a eu à peu près neuf, ce qui était formidable. On en a eu neuf au niveau des Comores, donc des structures d’appui à l'entrepreneuriat local et on en a eu quatre au niveau international, donc des structures issues d'autres pays.

Et l'idée, c'est de créer un socle commun avec ces structures-là. C'est-à-dire que les structures qui ont un certain niveau de maturité, qui sont à l'étranger, en France, etc., puissent accompagner les structures locales, faire un transfert de compétences dans les deux sens d'ailleurs.

Et c'est ça qui va permettre aussi à l'écosystème de grandir.

Donc on n’a pas voulu faire des binômes qui vont répondre à des appels à projets où parfois le chef de file est beaucoup plus en avant que l'autre. L'idée, c'est vraiment de travailler sur les transferts de compétences pour que, lors des appels à projets, ce soient des structures comoriennes qui puissent répondre.

Et ça, c'est très bien. Et ça me permet de revenir sur ce que je disais, notamment sur le socle commun que nous voulons mettre en place sur ce projet Wamanga Wakomor.

Nous avons échangé avec l'ensemble des acteurs, que ce soit les opérateurs financiers, les structures d'appui à l'entrepreneuriat, les institutionnels également, et le mot qui manquait, c'était vraiment la circulation de la confiance.

C’est ça qui manquait.

Parce que tout simplement, les banques nous disaient : si on investit, si on accompagne des porteurs de projet, ils ne sont pas suivis. Donc il y a un obstacle sur le post-financement.

Si nous finançons des entrepreneurs, ils ne sont pas toujours très solides, parce que parfois les dossiers ne sont pas bien montés. Mais les SAE nous disent : on n’arrive pas à bien accompagner les porteurs de projet.

Et donc on a pris l'ensemble de ces besoins-là et on s’est dit : on va créer un dialogue commun avec le projet Wamanga Wakomor, qui va se positionner comme tiers de confiance.

Donc ça veut dire quoi concrètement ?

Ça veut dire que le projet va accompagner les SAE, donc les structures d'appui à l'entrepreneuriat. Le projet va aussi accompagner les banques.

Au sein des banques, parfois les agents de crédit ont du mal à bien répondre aux porteurs de projet, à bien monter les dossiers de crédit.

Donc nous allons former les structures d'appui, nous allons former les opérateurs financiers et ensuite nous allons co-identifier tous ensemble les porteurs de projet.

Donc il y a ce cadre où ce ne sera pas juste le projet qui va identifier les porteurs de projet. Ce sera un comité composé des structures d'accompagnement, des opérateurs financiers, de la société de garantie comorienne.

Et nous allons sélectionner ces porteurs de projet et ensuite les accompagner.

Une fois l'accompagnement terminé, le projet va donner des financements, mais qui seront adossés à des cofinancements.

Donc ça veut dire que ces projets, notamment pour le guichet transition écologique mais aussi le guichet diaspora installé aux Comores, devront apporter du cofinancement.

Pour le guichet idéation, c’est plus compliqué. On ne va pas demander à des jeunes porteurs de projet de mettre des fonds.

Mais pour des entreprises qui ont un certain niveau de maturité, nous allons demander des cofinancements. Et ensemble, nous allons aller vers les banques et les investisseurs pour demander des financements supplémentaires.

Donc voilà vraiment le cadre de dialogue que nous souhaitons mettre en place sur ce projet Wamanga Wakomor.

Donc ça veut dire que le maître mot de ce programme, c’est la collaboration, rassembler différents acteurs, différents profils.

Et donc j’imagine que, comme tout programme multi-acteurs, ça demande beaucoup de coordination, parce qu’il y a différentes manières de travailler.

Comment ça se passe ? J’imagine que de temps en temps, il y a quand même des frictions, parce que ce sont des personnes différentes. Comment est-ce que vous résolvez ce problème-là, vous en tant que cheffe de projet ?

Mais c’est la diplomatie au quotidien, et le dialogue et l’écoute aussi. Donc ce n’est pas facile de gérer un projet qui est transversal, qui parle à la diaspora et qui a un acteur dédié, d'ailleurs le Commissariat à la diaspora.

C'est un projet aussi qui touche l'économie et l'investissement avec l’ANPI, l’Agence nationale de promotion et des investissements, mais aussi le ministère de l'Économie.

C'est un projet aussi avec les opérateurs financiers, donc avec le ministère des Finances et la direction des réformes bancaires également.

Donc parfois, il peut y avoir certaines incompréhensions, mais avec de la diplomatie au quotidien, nous arrivons quand même à écouter tout le monde, et c'est ça qui est formidable.

Expertise France est un acteur qui est au service de ses partenaires. Et donc ça, c'est très important.

Nous sommes d'abord à l'écoute, nous prenons les besoins et ensemble nous trouvons des solutions qui sont mises en place pour répondre à ces attentes.

Mais donc, est-ce que depuis le début du projet, depuis que vous êtes arrivée aux Comores, est-ce que vous avez dû réajuster certaines parties du programme parce que vous avez eu des remarques ou des critiques, ou parce que vous vous êtes rendu compte que ce que vous aviez prévu ne correspond plus à la demande ?

Oui, effectivement. Tu sais Fary, quand on écrit un projet, on a beau le co-construire avec l'ensemble des acteurs, mais parfois, avec les attentes du bailleur, on se rend compte qu'au final, c'est la réalité du terrain qui prime.

On a dû réajuster notre approche.

Je parlais tout à l'heure de la co-construction. Même si le projet a été rédigé avec l'ensemble des acteurs, parfois des acteurs plus institutionnels et moins techniques sur le terrain, le fait de parler avec tout le monde, d’échanger avec tout le monde, nous a amenés à réajuster.

Par exemple, le fait de confier maintenant la sélection aux structures d'accompagnement qui vont piloter, même s'il y aura un comité avec l’équipe projet et d'autres acteurs, comme je le disais tout à l’heure.

Le fait de pouvoir faire confiance aux structures d'accompagnement et de les faire monter en puissance, ça a été un réajustement majeur de ce projet.

Parce que l'idée, c'est vraiment de faire grandir l'écosystème entrepreneurial, pour que les investisseurs aient confiance, pour que les structures d'appui soient positionnées comme des apporteurs d'affaires auprès des banques.

Parce que c'est ça qui est important. Lorsqu'on parle d'entrepreneuriat, on nous dit tout le temps que l'accès au financement est la question majeure.

Mais qu’est-ce qu’on fait concrètement ?

Les banques nous disent : on est en surliquidité. OK, vous êtes en surliquidité, mais qu’est-ce qui vous empêche de financer les entrepreneurs ?

Donc là, on a mis le doigt sur cette question de confiance et de tiers de confiance.

Et c'est pour ça qu'on veut responsabiliser tout le monde, mais en même temps construire et réajuster le projet avec l'ensemble des acteurs.

Oui, ça c'est essentiel.

Mais tout à l'heure, vous parlez aussi de ce capital confiance, mais aussi d’un montage financier qui permet de faire intervenir différents acteurs, notamment pour les projets en idéation ou même les projets plus avancés.

Mais comment est-ce que vous faites pour éviter la dépendance ?

Parce que souvent, si on commence avec une bonne garantie de fonds, on peut se dire : ce n’est pas grave, mon projet va évoluer, mais il y aura toujours Expertise France pour m’aider, ils ne vont pas laisser mon projet tomber.

Donc comment vous faites pour qu'il n'y ait pas cette dépendance ?

Et c'est vraiment le cofinancement.

On va demander un cofinancement pour responsabiliser davantage. Parce que si je vais vers des acteurs ou des bailleurs qui me donnent une subvention sèche, je vais faire moins d'efforts. Mais par contre, je sais qu’on va me demander un cofinancement, même si c'est du love money, je vais me débrouiller pour trouver ce cofinancement-là.

Et donc rien que ça, c'est une première étape qu'on apprend à l'entrepreneur : aller chercher des financements. Et la vie d’un entrepreneur, c’est ça en fait.

Au-delà du marketing, c’est vraiment l’accès au financement. C’est ça le nerf de la guerre, c’est l’argent finalement.

Oui. Et donc en demandant du cofinancement pour que les entrepreneurs aillent chercher du financement ailleurs, je pense que c'est un bon début pour responsabiliser un entrepreneur.

Oui, je pense aussi. De toute façon, dès qu'on investit notre argent, on suit vraiment le projet.

Et donc aujourd’hui, en termes d’impact, quels sont les impacts invisibles ou plus subtils que vous attendez sur ce programme-là ? Est-ce qu’il y a des choses qui n’apparaissent pas forcément, ou que les chiffres ne vont pas vous donner, mais qui vous permettront de voir que les choses bougent vraiment dans l’écosystème comorien ?

Oui, effectivement Fary, il y a des impacts non quantifiables, ce qu’on appelle les impacts invisibles.

Et aujourd’hui, avec ce projet, ça va être la circulation de la confiance. C’est-à-dire que la diaspora puisse avoir confiance dans les institutions, que les entrepreneurs aient confiance dans les institutions, dans les structures d’accompagnement, que les banques aient aussi confiance.

Donc c’est vraiment cette circulation de la confiance.

En termes de mesurabilité, c’est difficile à mesurer, mais ça sera observable si on arrive à mettre cela en place. Et c’est vraiment l’impact invisible attendu dans ce projet.

J’imagine, parce que la confiance est très importante. Mais est-ce que vous vous dites que cette confiance peut aussi être un frein ?

Si elle n’est pas établie, ça pourrait impacter le programme. Est-ce que vous avez des alternatives pour contourner ce problème ?

Non, j’ai envie de te dire qu’on ne se laisse pas le choix. C’est ça ou rien.

Oui, vous avez raison. On va l’établir. Et on a déjà commencé, c’est ce qu’on est en train de faire.

Donc là, l’idée, c’est vraiment de créer ce lien de confiance, et c’est très important.

Ne pas se donner le choix : que ce soit le plan A, B ou C, c’est ça. Parce que même si ce n’est pas quantifiable, c’est ça que le projet laissera, cette circulation de confiance entre tous les acteurs, et montrer que c’est possible.

Donc on ne se laisse pas le choix.

Ah, vous avez raison, c’est ça ou rien. De toute façon, on a tous envie de voir ce programme se matérialiser, atteindre ses objectifs, parce que tout l’écosystème comorien va en profiter, et même d’autres programmes dans d’autres pays.

Donc moi, j’espère que d’ici un an, deux ans, j’aurai des nouvelles de Wamanga Wakomor qui vont me donner encore plus d’espoir sur la manière dont la diaspora peut s’investir dans son pays.

On aura les résultats, ça c’est sûr.

Ça me permet aussi de lancer un appel à la diaspora comorienne pour qu’elle puisse écouter ce podcast, voir ce que le projet souhaite faire.

Et j’ai l’habitude de dire qu’on est ensemble. Et quand je dis “on est ensemble”, on est vraiment ensemble dans ce projet.

Donc lors de l’étude que nous allons lancer, nous vous invitons à répondre à l’appel à projets pour les porteurs de projets, avec les trois guichets également.

Donc d’ores et déjà, nous vous invitons à vous intéresser au projet Wamanga Wakomor.

Oui. Et ça, ils peuvent le faire par quel mécanisme ? Est-ce qu’il y a des mécanismes mis en place pour qu’ils puissent suivre et participer à ce programme ?

Alors pour participer à ce projet-là en tant qu’investisseur, vous pouvez vous rapprocher de l’équipe projet, de moi-même et de mes collaborateurs, de l’ANPI également, ou bien des structures d’accompagnement pour les entrepreneurs, donc les SAE qui sont aux Comores.

Il y aura aussi des sessions d’information qui seront ouvertes le moment venu.

Donc là, nous sommes en début de projet, et c’est important de le dire parce que parfois le temps d’attente est très long. Donc il y a beaucoup d’impatience. Il n’y a pas plus impatient qu’un entrepreneur, et ça vous avez raison.

Et là, ce qu’on veut faire, c’est vraiment d’abord accompagner les structures d’appui et les opérateurs financiers. Ensuite, nous allons ouvrir les différents guichets dont je parlais tout à l’heure.

Donc il y aura ce temps d’attente, et nous allons aussi communiquer régulièrement. Nous allons mettre en place des newsletters, même s’il n’y a pas encore d’appels à projets, pour vous dire où nous en sommes.

C’est-à-dire : à cette étape-là, nous sommes en train de former les structures d’appui, les banques, sur tel ou tel aspect.

Nous allons aussi lancer des appels à candidatures pour que la diaspora puisse répondre, que ce soit dans les secteurs verts et bleus, mais aussi dans les secteurs bancaires, notamment tout ce qui est analyse financière, afin de venir nous accompagner dans le cadre de ce projet.

Voilà.

Super intéressant. Ils ont quand même de la matière pour suivre l’avancée de ce programme.

Oui. Et est-ce qu’il y aura aussi des discussions avec la diaspora, même pour ceux qui ne font pas partie du programme ? Parce que c’est un sujet qui demande beaucoup d’échanges et qui fait l’objet de nombreux débats.

Est-ce que vous le prévoyez aussi dans le programme ?

Alors, des moments d’échange avec la diaspora, nous allons en organiser. Nous allons profiter de la tournée du cabinet qui va faire l’étude pour nous rapprocher de la société civile et de la diaspora.

D’ailleurs, je ne l’ai pas rappelé : ce projet est composé de deux volets. La partie entrepreneuriat et investissement est mise en œuvre par Expertise France, et la partie société civile est mise en œuvre par Initiative Développement.

Et donc nous allons vraiment mettre en commun nos forces pour aller échanger avec la diaspora.

ID a déjà commencé à faire un travail formidable en se rapprochant des associations de la société civile de la diaspora comorienne, et nous allons aussi identifier la haute expertise de la diaspora comorienne.

OK, super, très intéressant.

Maintenant, j’ai envie qu’on plonge un peu plus dans votre rôle en tant que cheffe de projet.

Déjà, une question très basique : est-ce que vous préférez un atelier avec, disons, 50 participants, ou bien travailler sur un rapport très stratégique ?

Alors, c’est difficile à répondre. Peut-être que si je n’ai pas le choix, je dirais animer un atelier.

J’adore l’échange, j’adore le dialogue. Et avec ces ateliers, on en sort toujours avec beaucoup d’enseignements.

D’ailleurs, je parlais tout à l’heure des ateliers bilatéraux que nous avons faits avec les structures d’accompagnement, qui nous ont remerciés en nous disant que grâce à ces ateliers, elles ont pu identifier leurs besoins et leur positionnement.

Parce que parfois, certaines structures se positionnaient comme accélérateurs, et avec cet exercice, elles se sont rendu compte qu’elles étaient plutôt incubateurs.

Donc ces ateliers ont permis de les aider à identifier leurs besoins mais aussi leur positionnement.

Donc je choisirais un atelier.

OK, je pense que c’est très important de savoir ça.

Et aujourd’hui, est-ce que le fait de ne pas être comorienne — vous le disiez tout à l’heure, qu’il y a des ressemblances entre le Sénégal et les Comores — est-ce que cette différence de nationalité vous donne plus de liberté, ou au contraire une certaine responsabilité dans la manière dont vous pilotez ce programme ?

Je dirais les deux. Dans le sens où c’est un regard extérieur que je peux apporter. C’est une expertise que j’ai acquise dans d’autres géographies et que je peux mobiliser, mais aussi une grande responsabilité, notamment une responsabilité d’écoute et de dialogue.

Donc c’est vraiment complémentaire entre la liberté de venir de l’extérieur et la responsabilité d’écoute, de dialogue et de co-construction avec l’ensemble des acteurs.

Et aujourd’hui, quel enseignement majeur vous tirez de votre immersion terrain ?

Alors l’enseignement majeur, depuis mon installation aux Comores, c’est vraiment la force des réseaux communautaires et familiaux qui soutiennent les projets.

On parle quand même de 300 millions par an, soit 20 % du PIB, et ça montre la solidarité des Comoriens. Et ça m’a beaucoup marquée.

On voit la construction des routes faite par des réseaux communautaires, des mosquées, des écoles, etc.

Et ça, c’est vraiment un grand enseignement pour moi, que je regarde avec beaucoup d’admiration.

Très beau à voir.

Et quel est le conseil que vous donneriez à un entrepreneur de la diaspora qui souhaite investir à distance dans le développement économique de son pays ?

J’ai envie de leur dire : ne faites rien seul.

Un entrepreneur qui veut réussir, surtout s’il est dans la diaspora, doit trouver une structure fiable qui l’accompagne et avancer pas à pas.

Ne soyez pas pressés.

Parfois, c’est difficile d’investir ou d’entreprendre de loin, parce qu’au début on a besoin d’un salaire, sauf si on a déjà les fonds nécessaires.

Mais généralement, un entrepreneur va garder son emploi et commencer à entreprendre en parallèle.

Donc c’est vraiment important de ne pas y aller seul, de se faire accompagner par des structures locales, qui connaissent le contexte et peuvent aider à investir efficacement.

Effectivement. Et ce conseil pourrait aussi s’appliquer à d’autres pays qui souhaitent mobiliser leur diaspora ?

Oui, bien sûr. Ce n’est pas spécifique à la diaspora comorienne, c’est valable pour toutes les diasporas.

Et si j’ai un conseil à donner à un pays, c’est de commencer par la confiance, de mettre à l’aise sa diaspora, d’utiliser son capital humain et son expertise.

C’est ça qui permet ensuite de créer une circulation de la confiance, de la transparence et de la clarté dans les rôles.

Et ensuite, on peut parler d’investissement.

On l’a vu dans d’autres contextes : c’est l’engagement de l’État qui fait que la diaspora se sent plus en confiance.

Une fois que l’État est transparent dans les rôles et les relations avec les institutions, tout fonctionne mieux, et la diaspora répond présente.

Parfait. Merci beaucoup Marie.

Nous arrivons au terme de cette émission. Merci d’avoir pris le temps d’échanger.

Moi, j’ai beaucoup appris personnellement, et j’espère que c’est le cas aussi de nos auditeurs. J’ai beaucoup appris sur la diaspora comorienne, sur comment on peut les engager dans un programme comme Wamanga Wakomor.

Comment utiliser ces 20 % qu’ils investissent chaque année dans leur pays pour des investissements plus productifs, notamment dans les économies vertes et bleues, qui sont adaptées au contexte insulaire des Comores.

C’était vraiment très passionnant et j’ai hâte de voir la suite de ce programme.

Hâte de voir comment les entrepreneurs vont en profiter.

Rendez-vous dans quelques mois, quelques années pour voir les résultats.

Rendez-vous dans un an pour vous présenter des porteurs de projet, et entre-temps, rendez-vous dans quelques mois pour vous présenter les structures d'appui et les opérateurs financiers qui ont été accompagnés aussi.

Je vous remercie, vous qui nous écoutez. Merci également pour cette invitation qui nous a permis de présenter ce projet Wamanga Wakomor, qui est financé par l'Union européenne et que j'ai la chance de piloter.

Et avec plaisir, si vous souhaitez avoir plus d'informations sur ce projet, je reste disponible avec l'ensemble de mes collaborateurs.

Vous l'avez entendu, donc stay tuned.

Merci beaucoup Marie, et on se retrouve très bientôt sur un autre épisode.

À bientôt.

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